Mais au fond, qu’est-ce que l’engagement?

De quoi parle-t-on?

L’engagement est un mot familier, souvent invoqué, rarement défini. C’est un lien, un mouvement et une promesse à la fois.

Il importe de distinguer la motivation (raisons d’entrer en action) de l’engagement (qualité de la présence au rôle dans la durée). La motivation déclenche ; l’engagement soutient. Il se voit : énergie, dévotion, absorption. Anthropologiquement, il se lit dans des épreuves ordinaires : qui fait quoi, selon quels critères, dans quels délais ; et comment cela est rendu visible aux membres.

Observer l’engagement, c’est observer l’action réelle.

Mais qu’est-ce qui fait tenir cet engagement dans le temps ? Une promesse.

La promesse

Toute vie collective repose sur cette capacité à relier la parole donnée à la confiance construite. Hannah Arendt allait plus loin : c’est parce que nous promettons que le monde tient encore debout. La promesse stabilise l’action dans l’incertitude ; elle rend possible la continuité.

Dans le monde coopératif, cette dimension est centrale. Les adhérents continuent d’y croire, mais ils demandent que le collectif tienne parole ; qu’il montre, concrètement, ce qu’il fait pour eux et avec eux. Lorsque la promesse devient invisible, l’engagement s’effrite. Il ne disparaît pas d’un coup : il se fragilise, silencieusement.

À cette logique de promesse s’ajoute une autre exigence : la réciprocité.

La réciprocité

Aucun collectif ne tient si l’équilibre entre contribution et reconnaissance se rompt. Dans tout groupe, certains peuvent bénéficier de l’effort commun sans y contribuer à la même hauteur. À l’inverse, d’autres peuvent avoir le sentiment de donner plus qu’ils ne reçoivent. Lorsque cette asymétrie s’installe, le lien se tend.

Marcel Mauss l’avait formulé clairement : il n’y a pas de don pur. Donner, c’est aussi recevoir et rendre. Cette circulation structure les liens sociaux et fonde le modèle coopératif. L’engagement y fonctionne comme un mouvement continu : je donne (temps, énergie), je reçois (sens, reconnaissance), je rends (implication renouvelée).

Le désengagement

Le désengagement n’est pas toujours un renoncement ; il peut être un ajustement entre le sens que l’on trouve dans l’action et l’efficacité que l’on perçoit. Lorsque l’on ne retrouve plus l’équilibre entre ce que l’on donne et ce que l’on reçoit, le lien se reconfigure, parfois discrètement.

L’engagement ne se décrète donc pas

L’engagement se prouve ; dans la cohérence entre la parole et les actes visibles, et dans l’équilibre vivant de la réciprocité.

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